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1 mars 2010 1 01 /03 /mars /2010 06:58
HeureLoup.jpgL'heure du loup, de Robert McCammon
Milady Poche, août 2008, 693 pages ISBN 2811200169

Résumé
Michael Gallatin est un as de l'espionnage, un séducteur, mais surtout un loup-garou. Capable de se transformer à la vitesse de l'éclair, de tuer silencieusement et avec une incroyable férocité, il a déjà donné un aperçu de ses talents en Afrique contre Rommel. Il doit maintenant s'acquitter de la plus dangereuse et de la plus délicate des missions : découvrir qui se cache derrière l'opération « Poing d'Acier », le mieux gardé des plans secrets nazis.

Avis
Enfin, c'est entre deux plages de révisions que j'ai terminé L'heure du loup. De but en blanc, autant dire que mon avis général demeure très, très mitigé. J'ai beaucoup de choses à dire, et pas que des bonnes. Dommage, pour un livre qui promettait un mélange d'espionnage et de fantastique et paraissait plutôt alléchant...

Dès le début, grosse déception, le bal s'ouvre sur un prologue tout ce qu'il y a de plus raté. Répétitions, phrases qui tournent en rond, vocabulaire peu renouvelé, phrases hachées, manque de pêche, des problèmes de concordance des temps, scènes téléphonées. Les moindres gestes des personnages sont relatés, les descriptions sont tout ce qu'il y a de plus banales, les dialogues artificiels. Les ellipses sont faites à grandes louches de « à présent » très maladroits, et, bingo, on a une scène de cul digne d'un roman de gare dès la deuxième partie de prologue. Ouais, tout ça. Avec ça, rentrer dans le récit n'a pas été des plus facile, sans compter une certaine crainte pour les 600 pages suivantes. Bref, une impression de début laissant un arrière-goût de déjà-vu, d'impersonnalité.

Bon, en levant le nez, je vois déjà un paragraphe de lynchage. Le prologue est certes catastrophique, mais le corps principal relève un peu le niveau. J'ai bien dit « un peu ». Mon lynchage n'est pas totalement fini. Oublions donc brièvement la piètre mise en bouche quelques instants. Le chapitre premier s'ouvre sur un champ plutôt intéressant, bien que connu : le cas typique de l'espion qui veut raccrocher mais auquel on demande d'effectuer une dernière mission. Le cadre est plutôt réussi, les personnages accrochent, et surtout, l'atmosphère laisse flotter une vague impression de malaise. Le contexte principal est plutôt bien choisi, à savoir, celui de la guerre de 39-45.

Presque rabibochée avec l'écriture, vlan !, le deuxième truc de travers arrive. Passé le premier chapitre, le deuxième s'ouvre sur... le passé du héros, Michael, espion britannique, mais dans sa jeunesse, fils cadet d'une famille aristocrate russe. D'emblée, le lecteur se demande où l'auteur veut en venir. Les chapitres passé/présent sont alternés, et l'on pourrait être en raison de croire que cela va nous mener quelque part. Je vous rassure tout de suite : il n'en est rien. On lâche brusquement les chapitres « passé », comme ça, et on a beau chercher, ils ne servent qu'à combler un autre truc de travers.

Tout au long du récit, McCammon peine grandement à mêler espionnage et loup-garou. L'action est molle, et le loup-garou n'est finalement rien de plus que le claquement de doigt, la solution de facilité, qui permet de sortir le héros d'une impasse. Alors forcément, il a fallu donner un peu plus au lecteur, d'où les chapitres rétrospectifs. Sauf qu'au final, on n'a droit qu'au passé sombre du pauvre, pauvre héros, qui tombe chez des loups-garous blasés qui le traitent, à huit ans, comme un adulte. On a aussi droit au cliché du type jaloux, du rival. Ouais, un type d'une trentaine d'année qui porte une haine sans explication à un môme de même pas dix ans. Et ce n'est que le début des caricatures et autres incrédibilités.

Pour enchaîner sur ces incrédibilités, autant vous dire qu'elles sont foison. On a droit à l'espion déguisé en colonel qui engueule un jeune lieutenant nazi, au type de la Gestapo qui, comme par hasard, connaît le village natal de la couverture de l'espion et qui lui pose des questions pièges. On a aussi la rivalité sans fondement qui devient amitié quand l'un sauve la vie de l'autre, les conquêtes féminines, of course, ainsi que les amis qui deviennent un peu encombrants, et à propos desquels le lecteur n'a pas à se poser dix mille questions : ils vont crever dans quelques pages. Michael, c'est un solitaire, un espion qui doit agir seul. Pas de bol, il faut croire qu'il est environné de pots de glu. Surtout féminins en fait. Et puis on ne parle pas non plus des phrases alakon du genre « Sous l'immense dôme bordé de statues de Pégase et d'Apollon à la lyre, la musique commandait, et non Hitler. ». Waow. Rajoutons à ça un anthropomorphisme flagrant. Oui, quand un serial killer apparaît chez des loups, qu'il est porté par une « haine immense » et qu'il « tue pour le plaisir », je sais pas vous, mais j'ai du mal à y croire.

Et que dire des nazis. Les vilains, les méchants nazis, donnent idéal pour l'incarnation du mal absolu. Ouhlala. Bon, je ne suis pas en train de les défendre, mais je pense que vous l'avez deviné, une fois de plus, le récit tourne à la caricature. Le méééchant colonel et son vilain assistant qui suivent Michael tout du long. On assiste même – gratuitement et ça fait encore un point de moins pour le récit – à une fête nazie dans un Ordensburg. Avec le viol d'une slave par un SS. Cool. Surtout quand on sait que la mystique SS interdisait à ses membres de gâcher leur semence avec des « sous-êtres ». C'te blague. Et puis j'allais aussi oublier cette piètre histoire de train. Ouais, parce que dans l'histoire, il y a aussi un vilain Américain à la solde nazie et qui enferme notre pauvre espion dans un train pour une chasse à l'homme. Le truc c'est que la raison invoquée se limite à une jalousie amoureuse. Cool. Tous les prétextes sont bons pour coller tous les clichés qui passent =_=

Bon, on va arrêter là le carnage. Quelques passages réussissent quand même, par moment, à faire monter la sauce pendant une poignée de pages, comme lorsque le petit Mikhaïl et sa meute de loups-garous se font chasser de leur forêt, où lorsque les parents du môme finissent tragiquement. Il y a même un clin d'œil à Stravinski, compositeur apprécié par Michael, à travers le nom du père du héros.

Malgré cela l'histoire demeure lourde et, même si le lecteur finit par se résigner à ne pas avoir un bon bouquin d'espionnage et à lire le tout comme un bouquin moyen mais sans prétention, reste qu'au final, L'heure du loup est une grande déception. Jamais l'auteur ne parvient totalement à faire décoller l'histoire. Même si le tout ne se lit pas de manière désagréable, l'accumulation des clichés, des maladresses et de la mollesse de la plupart des scènes d'action font que l'on tourne la dernière page avec une certaine amertume. Pour ma part, j'ai surtout eu l'impression de « lire un film ». Un film du même genre que « La grande vadrouille », les gags en moins. Et même si je n'ai pas détesté cette lecture, les personnages restant attachants malgré tous les défauts que j'ai pu énoncer, j'en attendais néanmoins beaucoup plus, et la déception n'en est que plus cruelle.

Pour conclure, L'heure du loup est un bouquin que j'aurais éventuellement pu recommander pour une « lecture pause » après un ouvrage ardu. Mais, même là, je m'en garderais bien. 200 ou 300 pages de merdouille, ça va encore. Mais en tartinage sur près de 700, c'est un peu trop prétentieux pour ce que c'est, et le temps finit par paraître un peu long. L'ensemble avait du potentiel mais le résultat n'est malheureusement pas à la hauteur...

Cette chronique de lecture est originellement parue le 27 février dans Le vallon fantastique, blog sur lequel vous pouvez lire d'autres articles de Ryû.

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Published by Ryû - dans Amérique
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commentaires

gaspara 01/03/2010 19:40


bon, alors on lira pas, merci!


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