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2 juillet 2010 5 02 /07 /juillet /2010 13:00

Et voici venu le temps d'une autre chronique de lecture pour le challenge Littératures de l'imaginaire sur les 5 continents qui concerne le continent américain et plus exactement le Québec.

Et bien sache, Cher Lecteur Improbable, que si ma 1ère chronique m'a semblé relativement 'facile', j'ai, pour celle-ci, sué sang et eau !!
En effet, il y a maintenant plus de 10 jours que j'ai fini ce livre et depuis, impossible d'écrire quoi que ce soit de cohérent... À part bien sûr : « j'ai trop aimé ce bouquin ! » qui, comme je le sais, n'est pas une chronique recevable.

C'est donc après moults brouillons et arrachages de cheveux que je te propose la note ci-dessous. C'était ça ou je m'exilais dans la jungle péruvienne...

PaysMeres.jpgChronique du Pays des Mères, d'Élisabeth Vonarburg
Le Livre de Poche, collection Science-Fiction, 1996, 636 pages, ISBN 2-253-07187-0
Genre : SF post-apocalyptique

L'auteur
Élisabeth Vonarburg est née à la vie en 1947 (Paris, France), à la poésie en 1960, et à la science-fiction en 1964, vit à Chicoutimi (Québec) depuis 1973.
A enseigné la littérature et la création littéraire dans diverses universités du Québec (Chicoutimi, Rimouski, Laval). Agrégation de lettres modernes (1972, France), Ph.D. en Création littéraire (Laval, 1987), écrivaine à plein temps depuis 1990, collabore à la revue Solaris depuis 1974 (directrice littéraire).
Chansonnière, essayiste, animatrice radio, traductrice de nombreux romans de SF & F. Organisatrice de quatre congrès québécois Boréal de SF (Chicoutimi, 1979, 1982, 1988, 1999). Présidente (1996-2000) et membre (1994-2002) de l'Association professionnelle des écrivains de la Sagamie-Côte-Nord.
(source : http://www.noosfere.org/heberg/auteurstf3/biographie.asp?site=58 – site officiel de l'auteur)

L'histoire
La stupidité des hommes a jadis ruiné la planète Terre. La sensibilité des femmes permettra-t-elle de la réparer, ou plutôt de la laisser se réparer ?
C'est la question que se pose Lisbeï au cours d'une longue vie aventureuse qui va les mener du Pays des Mères, où les sexes vivent séparés, vers un avenir encore incertain où ils parviendront peut-être à se retrouver.
(source : 4e de couverture)

Mon avis

La première chose que l'on peut dire c'est que malgré la vie aventureuse de Lisbeï citée en 4e de couverture, ce n'est pas du tout un livre d'action.
Mais plutôt la description à plusieurs voix de l'évolution physique, psychique et émotionnelle de Lisbeï – que l'on suit de ses 5 ans environ jusqu'à sa mort – et donc en toile de fond de celle du Pays des Mères.
Dis comme ça, ce livre a l'air ennuyeux au possible, alors que c'est un vrai bonheur à lire ! On a du mal à le lâcher tant on veut savoir si Lisbeï trouve les réponses à ses questions...
Questions qui deviennent nôtres car nous n'en savons pas plus qu'elle et découvrons le Pays des Mères à travers ses yeux et ce que l'on veut bien lui en dire.

La seconde, c'est que ce n'est pas – toujours malgré ce que l'on pourrait croire en lisant la 4e de couverture – un livre sexiste du type les méchants hommes y ont tout cassé, heureusement qu'il y a les gentilles femmes pour tout réparer.
É. Vonarburg est tout à fait réaliste sur la violence des femmes – qui est peut être moins physique que celle des hommes, quoique le 'temps des Ruches' n'accrédite pas cette thèse – mais qui est tout aussi réelle et mortelle.
De même que leur soif de pouvoir, leurs petites mesquineries et autres (nan, j'suis pas un homme avec un pseudo de fille, mais alors !! :D).

[...] Et tout ce qu'elles ont su en faire, c'est une renégate. Ce sont elles qui l'ont tuée, aussi sûrement que si elles l'avaient poussée de ce toit. [...]
p. 100

Néanmoins, il est vrai qu'il est ici surtout question des différences de statut homme/femme (inverses à ce que l'on connaît aujourd'hui d'ailleurs... Ainsi, entre autres spécificités du vocabulaire, au niveau grammatical il + elle ≠ ils mais elles... ce qui est un peu déstabilisant à lire au début mais on peut se demander pourquoi...) puisque dans ce Pays des Mères, les hommes sont exclus de bien des manières
interdits de participation aux Jeux, aux assemblées, à certains métiers, etc. – mais celles-ci peuvent se rapprocher des conditions des Noirs dans certains pays, des Juifs à certaines époques, etc. J'y ai donc surtout lu une dénonciation de toute discrimination qu'elle soit sexuelle, raciale, sociale ou autre et un hymne à la différence.

[...] Pas possible, hein, admettre qu'il y ait les autres ! Toujours tout ramener à soi, c'est bien plus facile. [...] – p. 543
[...] ça te fait trop peur si j'existe trop, si je ne suis pas comme toi ? [...] – p. 544
[...] Et quand j’ai commencé à ne plus vouloir être toi... tu n'as plus voulu être avec moi. [...] – p. 545
[...] Non, nous sommes chacune, chacun, dans notre corps, et même quand les corps sont identiques, les personnes ne le sont pas. À plus forte raison, alors quand les corps ne sont pas identiques. Et tant mieux : comment pourrions nous toucher les unes les autres et exister quand même, sinon ? [...] – p. 614


Et de cette différence naît la complémentarité.
Mais c'est celle-ci qu'ont oubliée les femmes et les hommes du Pays des Mères - d'où leur souffrance

[...] c’étaient seulement des voix, des voix d'hommes [...] – p. 446
[...] ce jeune Mâle qui sanglote sans faire de bruit en revenant de la chambre de la Mère. Il a essayé, pourtant, il a essayé de lui faire plaisir comme il l'a appris, mais elle l'a repoussé avec violence, elle l'a regardé comme s'il était une sorte répugnante d'insecte [...] – p. 447
[...] qui entend en sortant de l'infirmerie la Médecine dire à son assistante : « celui-ci ne produit plus beaucoup, il sera fini bientôt. » Et c'est vrai, elle a raison, mais pas comme elle le pense [...] il ne peut plus. [...] Pas parce qu'il est stérile : parce qu’il est impuissant. – p. 447/448
[...] ce tout petit Vert qui pleure dans un coin obscur d'une garderie parce qu'il a appris que les garçons ont été punis par Elli. [...] – p. 448
[...] s'y était joint peu à peu, des voix de femmes [...] – p. 449
[...] « Ils ont la vie belle, ce ne sont pas eux qui les portent et qui s'en occupent, ce ne sont pas eux qui en meurent. » – Non, pas de la même façon... [...] – p. 449
[...] l'intonation de Cardèn [...] ce mélange de lassitude, de résignation, la seringue, l'attente, la déception-soulagement et « j’y retourne » [...] – p. 449


et qu'ils devront retrouver s'ils veulent avancer vers un futur meilleur.

Pour terminer, je dirais que ce livre est irrésumable et que la 4e de couverture ne rend pas hommage à la complexité de l'histoire.
Bref, un livre à lire absolument, ne serait-ce que pour se forger sa propre opinion.

Edit : en faisant mes recherches pour ma note de lecture, j'ai découvert qu'un autre livre de É. Vonarburg était en fait la pré-histoire du Pays des Mères.
Le Silence de la Cité
Ce livre apporte un angle de vue nouveau sur le Pays des Mères puisqu'il contient des informations que Lisbeï ne connaît pas mais qu'elle essaye de comprendre en tant qu'archéologue.
Il faut que je le trouve maintenant... Pfffff, les challenges rallongent la PàL d'une manière phénoménale !!

Voilà, Cher Lecteur Improbable.
J'espère que ce n'est pas trop brouillon.
À bientôt.

Cette chronique de lecture est originellement parue le 27 juin dans Lucille a dit, blog sur lequel vous pouvez lire d'autres articles de LucilleAnne.

[Lien vers le nouveau blog de LucilleAnne]

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Published by LucilleAnne - dans Amérique
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