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14 juin 2010 1 14 /06 /juin /2010 17:21

Otori1.jpgLe clan des Otori, de Lian Hearn
Gallimard Jeunesse
Tales of Otori, traduit de l'anglais (Australie) par Philippe Giraudon
 
L'auteur
Gillian Rubinstein est née en 1942 à Potten End en Angleterre et partagea son enfance entre ce pays et le Nigéria. Diplômée en littérature de l'université d'Oxford, elle a travaillé comme critique de cinéma et éditeur d'art à Londres, avant de s'installer en Australie avec son mari en 1973. Son œuvre se constitue de huit pièces de théâtre, de nouvelles et articles, et de plus de trente romans, littérature fantastique pour la jeunesse dans sa majeure partie (Space Demons, Foxspell, Galaxy-Arena...). Son intérêt pour la civilisation et la langue japonaise a trouvé son apogée dans la publication en 2002 du Clan des Otori, publié sous pseudonyme afin qu'il soit jugé pour sa qualité et non d'après sa renommée d'auteur.


Les romans


Tome 1 : Le silence du rossignol (Across the Nightingale Floor, 2002) : le jeune Takeo grandit au sein d'une communauté paisible qui condamne la violence, mais elle est massacrée par les hommes d'Iida, chef du clan des Tohan. Takeo, sauvé par sire Shigeru, du Clan des Otori, se trouve plongé au cœur de luttes sanglantes entre les seigneurs de la guerre. Il doit suivre son destin. Mais qui est-il ? Paysan, seigneur ou assassin ? D'où tient-il ses dons prodigieux ? Lorsqu'il rencontre la belle Kaede, un amour fou naît entre les deux jeunes gens : devra-t-il choisir entre cet amour, sa dévotion à sire Shigeru et son désir de vengeance ? Sa quête le mènera jusqu'à la forteresse d'Inuyama, lorsqu'il marchera sur le 'parquet du Rossignol'. Cette nuit-là, le rossignol chantera-t-il ?


Otori2.jpgTome 2 : Les neiges de l'exil (Grass for his Pillow, 2003) : Takeo, désormais héritier du puissant clan des Otori, s'est engagé à rejoindre les rangs criminels de la Tribu, reniant ainsi son éducation pacifique, abandonnant ce qui lui revient de droit, territoire, fortune et pouvoir, renonçant aussi à son amour pour Kaede. Mais la Tribu peut-elle éloigner Takeo de son destin ? Le chemin qu'il choisit le conduira au paroxysme du danger, de l'épreuve et du sacrifice, au cœur des montagnes glacées du Pays du Milieu. Kaede, pion utile dans le jeu des seigneurs de la guerre, devra quant à elle mettre en œuvre toute son intelligence, sa beauté et sa ténacité pour s'imposer dans le monde des hommes tout-puissants et garder son précieux secret.


Tome 3 : La clarté de la Lune (Brilliance of the Moon, 2004) : « Tu conquerras la paix en cinq batailles : quatre victoires et une défaite. » Takeo parviendra-t-il à apporter la paix sur les Trois Pays comme l'annonce la prophétie ? Après leur union secrète au temple de Terayama, Takeo et Kaede sont plus résolus que jamais à prendre possession de leur héritage et venger sire Shigeru. Tandis que le jeune homme tente de rallier à sa cause le pirate Fumio Terada, Kaede est victime d'un chantage diabolique. Lorsque enfin la lune se lève sur la dernière et terrible bataille, l'issue est plus que jamais incertaine...
 
Mon avis
Avis aux amoureux du Japon (dont je suis) : ce livre est un petit bijou. Tout y est brillant et la passion de l'auteur pour le pays du Soleil Levant transparaît à chaque ligne, ce qui ne peut que ravir les nippophiles. Attention ce n'est pas pour autant œuvre japonaise, mais bien un roman d'Occidental se déroulant dans une région fictive du japon médiéval. Tout y est, du cerisier printanier aux torrents de montagne, en passant par les temples taoïstes et les sociétés secrètes ; l'exotisme est imparable et la retranscription d'un mode de pensée médiéval impeccable. Car c'est sans conteste le point fort de cette série : la fidélité à une culture médiévale non occidentale. Les personnages, pensent, vivent, travaillent différement.
Otori3.jpgLeur sens de l'honneur et leur idée de la destinée semblent parfois décalés. Sous des dehors laqués, pronant le calme, la poésie (quelques haïkus parsèment le texte), la peinture, la sagesse, ils sont terribles, violents, passionnés, tiraillés par des besoins obsessionnels terrifiants. Et quand le vernis lache, gare à vous ! J'ai été marqué par cette scène du père de Kaede, rendu fou par la déchéance financière, qui retourne sa haine contre sa propre fille et tente de la violer, après avoir partagé un thé des plus serein. Car la recherche de la sérénité, au sens large et entier du terme, n'est pas une gageure : c'est un combat de tous les instants, et toutes les ambiguités de la lutte pour la survie sont posées. Le paradoxe de la guerre pour atteindre la paix, de la révolte nécessaire à l'obtention de la liberté, de la blessure avant le repos, transparaît pleinement. La quête est loin d'être de tout repos.
Mais les codes sont tous prêts à se briser : c'est le système tout entier que notre héros est appelé à briser en détruisant sa famille, la révolte des femmes dans cette société terriblement mysogine est incarnée par la belle Kaede qui en impose à bien des personnages masculins sans caractère... Et en fond transparaît l'inexorable marche de l'Histoire : la fin du pouvoir des Seigneurs de la Guerre et l'unification des provinces, la centralisation de l'administration à la cour impériale, l'arrivée des échanges avec l'Occident (par le biais des pirates et des armes à feu, qui bouleversent l'ordre guerrier), l'influence religieuse des Invisibles, dans lesquels on reconnaît clairement les chrétiens... C'est toute la mélancolie d'un passé glorieux mais injuste s'effaçant devant une ère prospère mais moins mystérieuse qui s'étale, attitude fondamentalement japonaise.

 

Extrait
« Je pensai à elle, endormie contre sa mère, forcée de choisir entre mourir de faim ou subir un véritable esclavage. Je pensai aussi à la famille de Furoda, chassée de sa maison aussi délabrée que confortable, à l'homme que j'avais tué dans son champ secret, au village qui allait mourir par ma faute.
Personne ne se souciait de ces choses, c'était le cours normal du monde - mais elles me hantaient. Et bien sûr, comme toutes les nuits je me mis à examiner les pensées qui m'avaient habité secrètement pendant le jour.
Yuki attendait un enfant de moi. Il serait élevé par la Tribu, et je n'aurais sans doute même pas l'occasion de le voir une fois en ma vie.
Les Kikuta avaient tué mon père pour avoir enfreint les règles de la Tribu et ils n'hésiteraient pas à faire de même avec moi.
Je ne décidais rien, je ne concluais rien, au cours de ces longues nuits sans sommeil. Je restais simplement étendu dans la nuit, seul avec mes pensées semblables à des cailloux noirs que j'aurais tenus dans ma main pour les regarder. ».


[Une chronique de lecture de Jeff]

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Published by Jeff - dans Océanie
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commentaires

misss-bouquins 30/07/2010 15:16



Une bien jolie histoire c'est vrai que l'atmosphère japonaise qui y règne est dépaysante.


Je n'ai lu pour l'instant que le tome 1. Je pense le relire avant de m'attaquer aux autres afin que ce soit bien frais ^^.



Virginie 12/07/2010 10:22



Cette série est absolument superbe. Mais je n'ai toujours pas lu l'histoire que Shigeru...



A_girl_from_earth 19/06/2010 01:47



Ah ben tiens, justement, j'ai enfin réussi à mettre la main sur le tome 1 en anglais dans ma bib'! J'ai vraiment hâte de le lire!



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