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10 décembre 2009 4 10 /12 /décembre /2009 00:08
Éthiopiques (1956) de Léopold Sédar Senghor
Lu dans Œuvres poétiques aux éditions du Seuil
ISBN 978-2-02-086092-5 - Illustr. Daniel Bohbot
 
L'auteur (présentation de l'éditeur)
Né à Joal, au Sénégal, le 9 octobre 1906, Léopold Sédar Senghor vient à Paris terminer ses études, au lycée Louis-le-Grand et à la Sorbonne. Agrégé de grammaire en 1935, il enseigne à Tours puis à Saint-Maur des Fossés. Mobilisé en 1939, il est fait prisonnier en juin 1940, réformé pour maladie en janvier 1942, et participe à la Résistance dans le Front national universitaire. L'année 1945 marque le début de sa carrière politique. Élu député du Sénégal à plusieurs reprises, membre de l'assemblée consultative du Conseil de l'Europe, il est, en outre, plusieurs fois délégué de la France à la conférence de l'UNESCO et à l'assemblée générale de l'ONU. Secrétaire d'État à la présidence du Conseil, il devient maire de Thiès au Sénégal, en novembre 1956. Ministre-conseiller du gouvernement de la République française en juillet 1959, il est élu premier Président de la République du Sénégal, le 5 septembre 1960. Il sera réélu à cette fonction en 1963, 1968, 1973, 1978, avant de se démettre de ses fonctions le 31 décembre 1980. Il se retire alors de la vie politique et s'installe en Normandie. Considéré comme le plus grand poète noir d'expression française, chantre de la négritude et très proche d'Aimé Césaire, Senghor a reçu de très nombreuses distinctions et prix littéraires. Il fut docteur honoris causa de trente-sept universités, élu à l'Académie française le 2 juin 1983 et continua à publier des poèmes et à développer sa pensée sur la négritude et le métissage culturel, jusqu'à sa mort le 20 décembre 2001, à Verson.

Le recueil
J'imagine que choisir comme première œuvre un recueil de poésie peut paraître curieux, mais l'intitulé de 'littératures de l'imaginaire' peut couvrir tellement de choses que je n'ai pu m'empêcher d'y inclure la poétique. Éthiopiques est le troisième recueil de Senghor, après Chants d'ombre (1945, sur sa vie d'étudiant) et Hosties noires (1948, sur la guerre et la condition du soldat de l'armée coloniale), et il y développe une poésie incantatoire, hautement symboliste, sur des thèmes issus de ses racines sénégalaises, en quatre parties : divers poèmes, Chaka (long dialogue sur la révolte), Épitres à la Princesse et enfin D'autres chants.

« Je te nomme Soir, ô Soir ambigu, feuille mobile je te nomme.
Et c'est l'heure des peurs primaires, surgies des entrailles d'ancêtres.
Arrière inanes faces de ténèbre à souffle et mufle maléfiques !
Arrière par la palme et l'eau, par le Diseur-des-choses-très-cachées !
Mais informe la Bête dans la boue féconde que nourrit tsétsés stégomyas
Crapauds et trigonocéphales, araignées à poison caïmans à poignards.
Quel choc soudain sans éclat de silex ! Quel choc et pas une étincelle de passion. » (L'homme et la bête)

Comme on peut le voir sa parole est haute et se base sur le rythme. Admirateur de Saint John Perse, il utilise la magie des mots de cette langue propice à l'abstraction qu'est le français pour stimuler l'imaginaire, y propulsant du concret par le biais de l'association libre (dans la lignée du surréalisme donc).

« Il m'a dépêché un cheval du Fleuve sous l'arbre des palabres mauves. » (Messages)

« Mais le poème est lourd de lait et le cœur du Poète brûle un feu sans poussière. » (L'absente)

Le recueil se clos sur une postface, Comme les lamantins vont boire à la source, où Senghor prend la défense du mouvement de la poésie nègre et en profite pour préciser deux ou trois choses quant à la sienne propre : « Tel reproche à Césaire de le lasser par son rythme de tam-tam, comme si le propre du zèbre n'était pas de porter des zébrures. » Il défend son paradoxe de poète noir qui écrit d'abord pour son peuple, et pourtant écrit dans la langue de l'envahisseur : « Parce que nous sommes des métis culturels, parce que, si nous sentons en nègres, nous nous exprimons en français, parce que le français est une langue à vocation universelle, que notre message s'adresse aussi aux Français de France [...] Le français, ce sont les orgues qui se prêtent à tous les timbres, à tous les effets, des douceurs les plus suaves aux fulgurances de l'orage. Il est, tour à tour ou en même temps, flûte, hautbois, trompette, tam-tam et même canon. »

Voilà de la grande et belle poésie, hermétique sur le sens, mais si belle quand on la récite à voix haute, et je ne résiste pas à un ultime envol :
« Ce soir Sopé, ton visage est un ciel de pluie que traversent furtifs les rayons de tes yeux.
Oh ! Le barrit des lamantins vers Katamague hô ! quand il ébranlait les villages nocturnes.
Le poulet blanc est tombé sur le flanc, le lait d'innocence s'est troublé sur les tombes
Le berger albinos a dansé par le tann, au tam-tam solennel des défunts de l'année.
Les Guélowârs ont pleuré à Dyakhâw mais quel prince est parti pour les Champs-Méridiens ?
Comment dormir ce soir sous ton ciel qui se ferme ? Mon cœur est un tam-tam détendu et sans Lune. »

Une chronique de Jeff.

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Published by Jeff - dans Afrique
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