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16 juin 2009 2 16 /06 /juin /2009 10:55
Aux États-Unis d'Afrique, d'Abdourahman A. Waberi
Actes Sud (Babel), 187 p., ISBN 978-2742775170, 2008

L'auteur
Né en 1965 à Djibouti, Abdourahman A. Waberi est l'auteur d'une oeuvre saluée par la critique, récompensée par de nombreux prix et traduite en plusieurs langues. Il a notamment publié Le Pays sans ombre (Le Serpent à plumes, 1994), Cahier nomade (Le Serpent à plumes, 1996), Balbala (Le Serpent à plumes, 2000) et Transit (Gallimard, 2003).

Présentation de l'éditeur

« Dans ce monde qui aurait pu être le nôtre, le continent africain est un pays de cocagne organisé en une florissante fédération d'États, un modèle inaccessible pour le reste du globe ravagé par les maladies, la famine, les guerres et l'enténèbrement des consciences. Des millions d'émigrants venus d'Euramérique risquent leur vie pour gagner cet Eldorado qui entoure de prévenance intellectuels, scientifiques, hommes d'affaires, artistes... mais ne peut accueillir toute la misère de la Terre.
Née en Normandie, la blanche Maya a grandi à Asmara, capitale fédérale de l'Érythrée, dans la chaleureuse affection de Docteur Papa, le médecin humanitaire qui l'a adoptée. Ce roman raconte son histoire faite de bonheur, d'inquiétude, d'amour, d'art, de deuil... et d'un retour aux sources oubliées.
Entre récit de politique-fiction, parabole malicieuse et conte voltairien, Aux États-Unis d'Afrique dénonce les injustices et les préjugés de notre monde tristement réel. Dans un style poétique au lyrisme exubérant, mêlant humour et gravité, Abdourahman A. Waberi récuse la notion de fatalité en illustrant la réversibilité de l'histoire. »

Un thème qui m'a attirée pour son originalité, celui d'un monde où l'Afrique aurait été ZE puissance mondiale et l'Eldorado des émigrants d'Euramérique, cette autre partie du monde où la vie est beaucoup moins rose.
« La faculté de rêver n'appartient pas seulement aux peintres, aux poètes et aux conteurs qui en font une profession », et Aboudarahman A. Waberi est assurément un grand conteur, pour preuve ce roman qui se déroule comme un rêve nourri des fantasmes de l'auteur !

Idée originale donc mais dont j'attendais peut-être un peu plus qu'une simple transposition de la réalité actuelle de façon inversée. J'étais un peu déçue qu'il n'y ait pas vraiment d'imaginaire élaboré autour de ce contexte. Les Noirs dominent le monde, ce sont les faits, mais l'auteur ne crée pas un monde de toute pièce qui les crédibiliseraient (disons que pour moi il manquait un arrière-plan historique car si notre monde est ce qu'il est aujourd'hui, c'est qu'il y a toute une histoire avec un grand H derrière). En fait c'est comme si, dans son imaginaire, au lieu de s'appeler les USA, les USA s'appelaient les États-Unis d'Afrique, se situaient dans l'hémisphère sud et étaient évidemment dominés par les Noirs. Il se base simplement sur la réalité et la transpose juste en prenant le meilleur et le pire de chaque continent pour les répartir de façon à avoir cette Afrique dominante économiquement, politiquement et technologiquement, tout en gardant le meilleur de son identité africaine, et le pire des pays du tiers-monde transposé côté Occident (famine, guerres, etc.) tout en gardant le pire de l'identité occidentale pour à la fois justifier leur situation dans cet univers imaginaire, et illustrer en même temps tous les points négatifs de leur politique actuelle dans notre réalité, une politique quelque peu déshumanisée qui se défend entre autres de ne pouvoir accueillir toute la misère de la Terre.
On ne découvre donc rien de neuf ni d'original vraiment, et en plus il y a quelque chose de très caricatural dans cette vision de la réalité, où tout est tout blanc ou tout noir, sans entre-deux.

Par ailleurs, j'ai eu du mal à accrocher au style, un rien onirique, un peu lyrique, trop érudit pour moi peut-être dans la forme. Il s'en dégage quelque chose d'abstrait qui fait qu'on a encore plus de mal à croire et à rentrer dans l'univers proposé par l'auteur, et même à s'intéresser à l'histoire de Maya/Malaïka, cette Blanche recueillie par des humanitaires africains.

Par certains aspects, j'avais l'impression, cela dit, que l'auteur s'amusait beaucoup plus qu'il ne se prenait au sérieux, pour preuve certains titres de ses chapitres, par exemple « De la dernière trouvaille de l'auteur pour divertir son lecteur », et comme s'il se réjouissait d'une bonne farce dont il est prêt à assumer les conséquences, il avertit  son lecteur qu'il aura peut-être du mal à suivre ses « délires » : « Il est possible que cette histoire familiale, ressassée, convulsive, racontée dans le désordre vous donne du fil à retordre. »

C'est aussi un joli voyage à travers l'Afrique que nous propose l'auteur, à travers sa cuisine, ses cultures, et il fait également honneur aux grands noms de l'histoire, de la littérature et de la culture africaine tout le long de son récit.
Par ailleurs, dans cette réalité de la suprématie occidentale transposée et réadaptée dans un contexte africain, il y a quelques bonnes trouvailles, que j'ai trouvées plutôt amusantes et qui sont de jolis clins d'oeil de l'auteur. Ainsi, dans son imaginaire, certains stéréotypes « remontent au moins à Mathusouleyman », on y trouve la colline de Haile Wade (pour Hollywood), les salons de café Sarr Mbock, l'enseigne McDiop, le célébrissime sourire de Mouna Sylla, la glace crémeuse Hadji Daas, etc.

Cette chronique de lecture est originellement parue le 15 juin dans Lecture sans frontières, blog sur lequel vous pouvez lire d'autres articles d'A Girl from Earth.

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Published by A Girl from Earth - dans Afrique
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